Environ 4 % de la population est atteinte d’aphantasie, une incapacité à former des images visuelles dans l’oeil de l’esprit. Ces personnes savent ce qu’est un éléphant, ce qu’est le rose, mais ne voient rien lorsqu’elles ferment les yeux. Dans le même temps, les modèles de diffusion génèrent chaque seconde des images à partir du bruit pur dans les centres de données. Les neurosciences montrent que l’imagination humaine fonctionne par signaux descendants réactivant le cortex visuel, un processus structurellement proche du débruitage dans la génération d’images par IA. L’aphantasie pourrait précisément être cette opération de débruitage interrompue : le signal est envoyé, mais n’est jamais amplifié jusqu’à la conscience.
Le film met cette absence d’images intérieures en dialogue avec un système d’IA qui produit des images de manière excessive. À travers une série de conversations mises en scène comme des rencontres quasi cliniques, il interroge ce qui se produit lorsque l’obscurité intérieure rencontre la vision synthétique. Les images numériques sont ensuite re-filmées en 8 mm, comme un rituel de développement inversé qui rend à l’image synthétique son grain, son scintillement et sa fragilité matérielle.
Notes de processus
« Ne pensez pas à un éléphant rose » suppose un esprit capable de convoquer une image puis de la chasser ; pour une personne aphantasique, la consigne tombe dans un noir établi, sans relief. J’ai placé ce noir juste en face d’une machine qui ne manque jamais d’images : j’ai réuni des personnes aphantasiques dans un entretien proche du clinique, je leur ai demandé de dessiner et de décrire les éléphants et les rêves qu’elles ne peuvent se figurer, et j’ai regardé les mêmes phrases devenir, du côté de la machine, un banquet de trop-plein en quelques secondes.
À mi-parcours, le film s’arrête sur le caractère chinois 像, où l’image et la ressemblance reviennent à un seul geste — quelqu’un qui regarde une chose. Plutôt que de laisser ces images de synthèse dans leur état léger et indéfiniment copiable, je les ai re-filmées sur du 8 mm, les renvoyant à travers la lumière, l’émulsion et l’exposition jusqu’à ce qu’elles se posent sur une surface fragile et granuleuse qui peut s’abîmer. Quelques phrases filmées demeurent parmi elles : le « Pink elephant » interdit ; une image qui ne dit que « without any picture » ; le « I generated this scene from your description » que la machine imprime en faisant surgir le banquet ; et, à la fin, « My imagination has ended ». L’aphantasie n’est pas un défaut à réparer. La vraie question est de savoir qui s’approche le plus d’imaginer, et qui ne fait que développer une image, lorsqu’un esprit qui ne produit pas d’images se tient à côté d’une machine qui ne peut s’arrêter d’en produire.
Festivals / projections
- 2026, Rewriting the Future : concours de films IA et littérature, Suzhou, Chine — Grand prix Rewriting the Future
- 2026, The Unconscious Expanse, Festival du film d'avant-garde asiatique, M+, Hong Kong
Expositions
- 2026, The Correct Way to Open a Can: Strike with the Spine!, George Paton Gallery, Melbourne, Australie
- 2026, Earthed: Reconnecting with the Ground, Guangdong Museum of Art, Canton, Chine
- 2025-2026, Wild things: The art of the creator, Yemu Contemporary, Hangzhou, Chine
Liens / références
- Rewriting the Future: AI Literature Film Competition award record Annonce publique du prix Rewriting the Future.
- M+ Asian Avant-Garde Film Festival: The Unconscious Expanse Page officielle M+ du programme The Unconscious Expanse.
- Earthed / 重回大地: Guangdong Museum of Art exhibition page Page d'exposition du Guangdong Museum of Art pour Earthed: Reconnecting with the Ground.